Jeff Weiner – Le management compassionnel

Qu'est-ce que le management compassionnel ?

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Jeff Weiner est interrogé sur la notion de management compassionnel. Il raconte l'histoire de l'un de ses anciens chefs de plus en plus agacé par l'un de ses collègues. Jeff Weiner a fini par lui donner des conseils pour mieux collaborer avec cette personne agaçante. Il explique la différence entre empathie et compassion, ainsi que leur rôle dans le management compassionnel.
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Transcription

La vraie compassion exige de la force pour prendre des décisions difficiles, réduire les conflits et regarder le monde d’une autre manière. Soyez un manager compassionnel et ayez un impact. Découvrez comment les idées et la vision de Jeff ont contribué à façonner LinkedIn Regardez Jeff Weiner – Le management compassionnel Qu'est-ce que le management compassionnel ? Je vais commencer par une anecdote personnelle, à l'origine de ma décision d'aspirer à une approche de management compassionnel, et nous pourrons ensuite définir cette notion et en quoi elle me semble si précieuse. Il y a longtemps, j'assistais à une réunion du personnel et notre chef était de plus en plus agacé par l'un des membres de notre équipe, quelqu'un de bon qui témoignait de grandes qualités mais ne tenait pas son rôle de la manière dont le chef l'aurait souhaité. Le chef était donc de plus en plus contrarié. Son agacement se sentait et prenait la forme d'une espèce d'agressivité passive : il plaisantait sur le compte de mon collègue et l'aggravation graduelle de son état de contrariété était véritablement palpable. Or, cela sapait l'image du chef plus qu'autre chose. À chaque fois, son attitude mettait tout le monde mal à l'aise. Ce n'était pas systématique, mais assez fréquent pour être désagréable. Du coup, lors d'un tête-à-tête avec le chef, j'en ai profité pour lui dire : « Vous savez, la prochaine fois que notre collègue vous agace, au lieu de vous moquer de lui, de vous énerver ou de hausser le ton, vous devriez aller vous crier dessus devant un miroir parce que c'est vous qui le laissez à son poste actuel. C'est à vous de décider s'il fait son travail ou non, c'est à vous de déterminer son approche. Si vous n'appréciez pas ses méthodes, vous pouvez le coacher autrement, mettre en valeur ses talents, lui proposer un autre poste, voire lui faire quitter l'entreprise. Si vous le laissez faire et vous contrarier de plus en plus, c'est votre faute. » Il a marqué une pause et m'a répondu : « Je vais y penser. » Deux semaines plus tard, il m'a confié qu'il y avait réfléchi et qu'il me remerciait car j'avais raison. C'était exactement ce qu'il faisait et il avait décidé de changer d'approche pour mettre en valeur les talents de cette personne. C'est là que je me suis rendu compte que je faisais la même chose avec un membre de mon équipe. Exactement la même chose. Alors, je me suis dit qu'il fallait que je me montre plus compatissant, que je me mette à la place des autres afin de voir la situation de leur point de vue. Je devais les coacher autant que possible et mettre en valeur leurs talents. Je devais comprendre ce qu'ils essaient d'accomplir. Je devais aussi appréhender l'origine de leurs doutes ou de leurs faiblesses. Compte tenu du poste que j'occupais, c'était mon rôle. J'ai bien dit que j'y « aspirais », parce que c'est dur ! D'abord, l'authentique compassion n'est en aucun cas conditionnelle. Souvent, quand je parle du management compassionnel, les chefs d'équipe me disent : « J'y arrive avec tous ceux que j'apprécie, mais il y a un membre de mon équipe que je n'aime pas du tout et là, je bloque. » La compassion est inconditionnelle. Elle est surtout nécessaire pour gérer ceux avec qui vous êtes en désaccord. C'est difficile car nous partons au quart de tour. Vous discutez avec un collègue quand il fait une remarque que vous jugez agressive. Sur la défensive, vous rejetez la faute sur lui et en un rien de temps, la situation dégénère. Ne soupçonnez pas votre interlocuteur de vouloir vous nuire. C'est ce que nous avons tendance à faire quand nous sommes touchés et nous sentons agressés : nous pensons que notre interlocuteur piétine nos plates-bandes, nous en veut ou nous insulte alors qu'il passe juste une sale journée ou que vous avez fait une remarque qui lui rappelle de mauvais souvenirs sans rapport avec vous. Ou alors, vous avez évoqué un sujet qu'il ne connaît pas très bien et il se sent un peu complexé par ses lacunes. Une multitude de raisons peuvent expliquer cette agressivité. Or, quand vous parvenez à dépasser ces émotions au point de devenir un analyste extérieur de vos pensées, surtout dans ces cas-là – ce qui est très dur, mais faisable –, vous pouvez chercher à savoir pourquoi vous réagissez ainsi, ce qui vous gêne et ce qu'il ressent de son côté. Vous pouvez vous mettre à sa place, voir les choses de son point de vue. Vous verrez que vous pourrez alors infléchir le cours de cette discussion, susceptible de tourner à la dispute. J'aimerais ici souligner qu'il y a une différence entre compassion et empathie, deux termes souvent considérés comme synonymes en Occident. L'empathie, c'est la perception du ressenti. La compassion est une empathie objective qui permet de cerner le point de vue de l'autre et de comprendre ce qu'il ressent. Vous pouvez alors agir en vue d'atténuer ses souffrances, par exemple, s'il souffre. Le dalaï-lama a illustré cette différence par une analogie très claire, bien que le cas se présente rarement dans la Silicon Valley : si vous cheminiez sur un sentier de montagne et que vous découvriez un homme en train de suffoquer, à moitié écrasé par un rocher, l'empathie vous ferait ressentir cette suffocation, vous rendant du même coup impuissant. Vous ressentiriez exactement ce qu'il ressent. La compassion, elle, vous ferait reconnaître sa souffrance et sa suffocation. Cela vous est peut-être déjà arrivé. Vous pourriez alors tout faire pour atténuer cette souffrance et l'extirper de sous le rocher. Cette différence est cruciale. Nous entendons souvent parler de la nécessité de faire preuve d'empathie – l'empathie est d'ailleurs une composante essentielle de la compassion car elle permet de percevoir un ressenti –, mais vous devez garder un certain recul afin d'être en mesure d'agir. C'est capital. Tout cela fait partie de la notion de management compassionnel, qui change tout dans une entreprise fonctionnant à pleine échelle.